1er mars
2007
Théâtre
Un Avare
Lannemezan
L’Avare qui venait de Pékin
C’est Un Avare qui vient de loin ! Il est né du projet de l’association
Toulousaine Tchin-tChine de confronter notre culture théâtrale à celle des
chinois. Une troupe de comédiens de la compagnie Compteur : zéro est ainsi
partie à Pékin pour monter « L’Avare » de Molière. Cette pièce a été retenue
car en plus d’être un monument de notre théâtre reconnu comme tel jusqu’à
Pékin, elle aborde des thèmes proches de ceux du théâtre chinois en
particulier de l’Opéra de Pékin. De retour de Chine, c’est à Lannemezan que
cet Avare venu d’Asie s’est arrêté.
La pièce est construite à la confluence de ses origines européennes et
chinoises, à l’image de ces masques en tissu qui couvrent le visage des
comédiens, évoquant à la fois la Commedia dell'arte chère à Molière et les
maquillages colorés de l’Opéra de Pékin. Le parti pris est résolument
moderne, il donne un caractère incontestablement original à cet Avare. Avec
une mise en scène recherchée Eve Rouvière a choisi de donner plus
d’importance à l’expression qu’a ce texte déjà tellement entendu. Elle joue
avec ces influences en multipliant les références. Le décor est réduit, les
costumes sont noirs. Le seul accessoire est une grande toile qui sert
masquer, à montrer, qui se transforme en drapeau ou en dragon. Elle ne
montre que des jambes dans la très sensuelle scène des amoureux évoquée par
des pieds nus qui s’entremêlent, image très évocatrice pour les chinois
parait-il. Elle ne laisse voir que des têtes, transformant les comédiens en
marionnettes, évoquant notre théâtre de Guignol mais aussi la plus pure
tradition chinoise. De la pièces de Molière restent les principales scènes
qui sont détournées, une succession de tableau jouées « à la mode de»,
passant de moines tibétains à la comédie musicale seventies. Une variation
autour de l’Avare qui fait penser aux « Exercices de style » de Raymond
Queneau en gardant néanmoins la trame de l’histoire quasi-intacte.
Les quatre comédiens Virginie Bracq, Xavier Czapla, Michel Monestes et
Karine Monneau sont lancés dans un jeu débridé, permutant les rôles, donnant
une part importante à l’expression corporelle, jouant avec les sonorités.
Ils sont accompagnés sur scène par Matthieu Aschehoug qui crée une ambiance
sonore composite en alliant une guitare espagnole un peu décalée, un
sampleur et quelques percussions.
Après avoir trouvé à Lannemezan un public enthousiaste, il sont passé le
lendemain à Luz Saint-Sauveur et seront le 6 mars à Bagnères de Bigorre.
Stéphane Boularand
(texte aussi publié dans La Nouvelle République des Pyrénées et La Dépêche
du Midi, édition Hautes-Pyrénées)
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