Festival Délits d'humour Enfin libre ! Michel Boujenah Le Parvis, Scène Nationale - IbosBoujenah et la famille Boutboul Voila près de trente ans que Michel Boujenah se met en scène, avec tout ce que ca comporte de mère juive et de racines tunisiennes. Avec « Les magnifiques », il a raconté le pays de ses origines, il a inventé Maxo et toute la famille Boutboul qui n’allaient plus le quitter. Une formule qui lui a donné le succès mais qui n’a pas laissé la place à d’autres facettes de l’artiste. Avec « enfin libre », il annonce dés le début du spectacle qu’il n’y a plus aucune limite. Il ferra ce qu’il a envie de faire. Sur scène, Michel Boujenah s’enivre de cette nouvelle liberté et commence à jouer comme un enfant avec les possibilités infinies qu’offre cette situation. Est-ce un nouveau Boujenah ? Pas pour longtemps… Les racines semblent plus fortes que la liberté. Rapidement les fantômes de la famille Boutboul se manifestent et on revient en terres connues, quelque part entre la Tunisie et la banlieue parisienne. On retrouve ainsi une nouvelle fois l’exubérance et la tendresse de Maxo, l’étouffante protection de sa mère, suivie de son frère et du reste de la smala. Il est dans son élément. C’est du Boujenah comme on le connaît, généreux, fragile et tendre à souhait. Il suffit de voir l’enthousiasme du public venu en masse au Parvis pour être convaincu que c’est finalement très bien comme ça. Stéphane Boularand Interview de Michel Boujenah Après beaucoup de cinéma, c’est un retour à la scène ? Etre sur une scène, c’est ma source, il n’est pas question d’arrêter. Pour l’instant en tout cas. Même si c’est un peu compliqué, depuis que je suis metteur en scène de cinéma, de travailler sur les deux front en même temps. La scène reste mon domaine de prédilection. Je ne l’ai jamais quitté. Je n’arrête jamais de jouer sur scène, c’est très difficile d’arrêter. Mais ça faisait un bout de temps que je n’avais pas fait un nouveau spectacle. Les Nouveaux magnifiques étaient un remake du premier même si c’était différent. La c’est quelque chose d’autre.
20 ans après Les magnifiques. « Enfin libre » c’est pour se libérer de ce passé ? C’est se libérer de certaines choses qui étaient dans tout ca. D’une obsession que j’avais de l’identité, de la mémoire, des racines. A un moment j’ai dit bon, tout ca tu l’as dit dix-milles fois dans tous les sens, tu as travaillé. C’était super. Je l’ai partagé avec des milliers et des milliers de gens et puis ca fait trente ans. C’est bon de changer d’air. C’est bon de se libérer aussi de sa propre histoire. C’est bon de se tourner vers les autres. En restant soi même parce que Maxo et Simone Boutboul sont toujours la. Je les adore. Mais ils ne s’expriment plus sur les mêmes sujets. J’ai évolué. Ils sont à mon service, c’est mes marionnettes. C’est moi le chef maintenant, alors qu’avant c’était eux.
Avec quoi avez-vous construit votre nouveau spectacle ? Quand j’ai écrit le spectacle, les choses se sont enchainées naturellement. Je parlais du fait qu’il ne fallait pas rester enfermé sur soi. C’est bien d’avoir une culture et une identité, mais c’est bien aussi de regarder le monde et de vivre avec les autres. Pour prouver au public et à moi-même que j’allais vers les autres, j’ai choisi une poésie qui n’a rien à voir avec moi-même car c’est celle d’un chanoine de Reims, né en 1669. J’ai cherché ce qui était étranger à ma culture. Je suis tombé sur cette histoire de scientifique, Jean-Didier Vincent. Un type sérieux et reconnu qui explique par les hormones que les hommes ont besoin de beaucoup de femmes. Une découverte scientifique de taille ! Il fallait y apporter une réponse. Dans le spectacle la théorie c’est Maxo Boutboul qui en parle et j’ai fait venir sa femme qui donne elle aussi son point de vue. On confronte la découverte scientifique au sentiment amoureux. Ca m’a fait penser à une citation qui dit que l’amour est un mensonge. Ce délire m’emmène ailleurs et vers d’autres réponses. Et le spectacle se construit comme ca, comme un escalier, une chose appelle l’autre. Je ne suis pas journaliste. Je ne suis même pas un intellectuel. Un intellectuel il met toute ses émotions au service de ses idées, pour comprendre analyser, formuler. L’artiste c’est l’inverse, il met toutes ses idées au service de ses émotions.
Propos recueillis par Stéphane Boularand le 2 mars 2010 au Parvis, Scène Nationale - Ibos 02/03/10 : Boujenah en toute liberté |