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mardi 30 mai 2017

Robert Guédiguian

Robert Guédiguian à Tarbes pour parler de culture et d’histoire

Robert Guédiguian, photo de Valentine Guédiguian
Robert Guédiguian, photo de Valentine Guédiguian

Le réalisateur de Marius et Jeannette, du Promeneur du Champ-de-Mars avec l’excellent Michel Bouquet, de L'Armée du crime, sera à Tarbes et à Séméac jeudi avec Ariane Ascaride. Il répond à l‘invitation du Ciné des CE et des COS, les comités d’entreprise et les comités d’œuvre sociale, qui organise une rencontre à la Bourse du travail et la projection à Séméac de son dernier film Une histoire de fou qui revient sur les pas d’un jeune d’origine arménienne qui va venger ses pères en s’engageant dans des actions terroristes. Questions à Robert Guédiguian.

Pourquoi avez-vous fait ce film sur le génocide arménien ?
C’est un génocide qui n’a toujours pas été reconnu par l’état qui l’a perpétré. Je parle bien de l’état pas des turcs d’aujourd’hui qui ont été maintenus dans l’ignorance de leur propre histoire. Ce sont des plaies qui mettent beaucoup de temps à cicatriser, et d’autant plus que les bourreaux n’ont pas reconnu leur geste. C’est un des éléments de l’histoire et de la culture arménienne comme l’est la Shoah. Tous les arméniens du monde ont à cœur qu’un jour leur père, leur grand-père, leur arrière-grand-père puisse un jour se reposer en paix parce qu’on a reconnu leur souffrance. C’est pourquoi je me sentais obligé de faire un jour un film sur ça. Parce que je m’appelle Guédiguian, que je suis de la seconde génération. C’est ma responsabilité de réalisateur, d’intellectuel, de citoyen, et mon arme c’est le cinéma.

Est-ce que l’évolution politique de la Turquie accentue ce besoin ?
Erdogan est en train de devenir fou avec une dictature qui ne garde que l’apparence de la démocratie pour aboutir à inventer le terme de démocrature. Il revient sur le rêve de la grande Turquie la Turquie pure, celle de Mustafa Kemal et des gens qui l’ont précédé au moment du génocide. La situation s’est détériorée alors qu’il y a 10 ans il y avait quelques avancées, très modestes mais positives. Mais Erdogan a refermé tout ça et la situation est plutôt mal en point alors que dans le reste du monde le génocide est largement reconnu. On va arriver à ce que tout le monde reconnaisse le génocide sauf la Turquie. C’est la stratégie d’encerclement diplomatique des arméniens d’aujourd’hui. Et le jour ou la Turquie reconnaitra le génocide, ce sera le signe d’un grand changement, un grand jour pour les turques.
Une situation qui justifie ou explique l’action terroriste comme dans le film ?
Oui. Il ne faut pas être angélique. La violence dans l’histoire a toujours existé. Quand un peule n’a plus que ça pour répondre utilisent l’action violente. La violence des peuples à toujours été une violence de légitime défense. Les jeunes arméniens qui ont posé de bombes dans les années 80 l’ont fait pour s’opposer à une dictature militaire qui avait 30 000 prisonniers politique et qui exécutait tos les jours. Ils se sentent héritiers de Manouchian : les jeunes français d’origine arménienne qui s’engageaient dans ces mouvements était face à l’état turque comme Manouchian était face aux nazis qui occupaient la France. Je condamne clairement toute violence qui atteint des victimes innocentes, mais je considère que le jeune arménien qui tue Talaat Pacha en 1921 à Berlin est un héros au même titre que le Colonel Fabien. C’est une des questions que pose le film comme le faisait l’Armée du crime.

Vous venez parler de tout ça à Tarbes
On en parlera car c’est le thème de mon dernier film. Mais il y a beaucoup d’autres sujets d’échange de lien entre la culture et le cinéma, de lien avec les mouvements de culture populaire. Je suis élevé dans l’esprit de Vilars, de Vitez, de Malraux. Je pense que l’éducation populaire, l’apprentissage de l’histoire et des arts doit avoir autant de place que la manipulation de l’ordinateur ou des notions d’arithmétique ? Je viens aussi pour ça. Je soutiens de tout mon cœur et de toute ma raison des initiatives comme celle du Ciné des CE et des COS qui m’a proposé de venir. Ils ont choisi mon dernier film, mais ça aurait pu être celui d’avant !

Propos recueillis par

Stéphane Boularand Bigorre.org sur Twitter@bigorre_org

Rencontre sur le thème « culture et population » à la Bourse du Travail jeudi à 18h
Projection de « Une histoire de fou », en présence de Robert Guédiguian et Ariane Ascaride au CAC de Séméac jeudi à 20h30 (2€)