English Espana Catalunya Euskadi portuguais Deutsch Italiano Vlaamse Réduire la taille du texte Aggrandir la taille du texte

Politique culturelle : Elections Présidentielles


Nous avons interrogé Nicolas Sarkozy () qui candidate aux Elections Présidentielles sur son projet de politique culturelle.

Questions aux candidats aux Elections Présidentielles

Nous avons contacté les candidats à l'élection présidentielle pour les interroger sur 2 axes :

  • Quel budget souhaitez vous donner au Ministère de la Culture ?
  • Comment souhaitez vous développer la culture dans « les régions » ?
  • Quel statut souhaitez vous donner aux intermittents du spectacle ?
  • Quelle réglementation pour encadrer le téléchargement de musique sur Internet ?
  • Comment favoriser l’accès à la culture pour tous ?

Réponse de Nicolas Sarkozy ()

Jeudi 19 avril 2007

Monsieur le Président,
Votre aimable lettre m'est bien parvenue et je vous en remercie chaleureusement.
J'ai pris bonne note de l'ensemble de vos observations relatives à la politique culturelle de notre pays. Cette question est, à mes yeux, essentielle car la Culture participe au rayonnement de la France. C'est un privilège de naître dans un pays qui a tant donné aux grandes oeuvres de l'esprit. Cela nous donne des responsabilités, celle de les préserver, .celle de les faire connaître et de les enseigner et celle d'encourager de nouvelles créations.
Mon premier projet est de démocratiser la culture, car c'est se donner les moyens de comprendre et aimer les grands auteurs tels que Sophocle, Shakespeare ou Racine. Ce n'est pas les supprimer des programmes. Tous les élèves ont droit à la culture.
L'enseignement artistique ne doit plus être le parent pauvre de l'enseignement général, mais le pilier d'une culture générale qui naturellement englobe aussi la culture technique, la culture scientifique, l'histoire, la géographie et la philosophie.
Nous disposons déjà de moyens conséquents. Le budget consacré à l'éducation culturelle et artistique représente chaque année 1,5 milliards d'euro, soit l'équivalent de la moitié du budget du ministère de la Culture. Je m'engage à ce que les moyens affectés et le rythme de créations de postes soient à la hauteur des besoins de chaque établissement scolaire.
Je souhaite que les familles puissent choisir d'inscrire leurs enfants dans un
établissement scolaire proposant un mi-temps culturel, ce qui incitera ainsi un plus grand nombre d'établissements à inscrire une ambition culturelle et artistique au coeur de leur projet d'établissement.
Au-deIà de la scolarité obligatoire, je propose que, dès la rentrée 2008, les étudiants des universités et des grandes écoles aient accès à une offre de formation culturelle et artistique.
Par ailleurs, je veux garantir l'accès à ces formations des élèves et des étudiants handicapés. J'en ferai un droit opposable et je veillerai à ce que les équipements et la formation des personnels soient adaptés à cet objectif.
Démocratiser l'accès à la culture exige d'actualiser la carte de l'offre d'enseignement artistique et culturel sur l'ensemble du territoire. Aujourd'hui, à peine 1 écolier sur 400 bénéficie d'un atelier de pratique artistique. Je veux engager sur ce point une concertation avec l'ensemble des acteurs, non seulement de l'éducation nationale, mais aussi du réseau des écoles artistiques municipales, des conservatoires nationaux régionaux et des écoles nationales de musique.
J'en viens, naturellement, au soutien de la création. Nous préserverons notre identité, nous regagnerons notre influence dans le monde à proportion de notre force créatrice.
La création donne son style, sa forme, son âme à une époque. Etatiser la création reviendrait à étouffer la liberté. Pour autant, je sais combien la création a besoin d'être soutenue et encouragée par l'Etat.
Le service public télévisuel doit viser une politique éducative de l'excellence, sans hésiter à faire de la contre programmation. Le financement de ces missions ne doit pas passer par l'augmentation de la redevance. Il convient de faire preuve d'imagination, de favoriser les financements hybrides, les partenariats, le mécénat.
Il s'agit aussi de soutenir les auteurs. Dans un univers professionnel marqué par la précarité, les artistes ont besoin que leur soit garantie une rémunération. Je ne suis pas hostile à un allongement de la durée de protection des droits voisins reconnus aux artistes interprètes par la directive du 29 octobre 1993, mais il implique de recueillir l'accord d'une majorité de nos partenaires européens.
Je mesure pleinement le rôle joué par les intermittents du spectacle, sans lesquels il n'y aurait pas de spectacle vivant, de concerts, pas de créations cinématographiques, ou audiovisuelles. Il est normal qu'ils bénéficient d'un régime d'indemnisation du chômage particulier, qui est d'ailleurs unique dans le monde.
Pour l'instant, un nouvel accord vient d'être signé. Je pense qu'il faut le laisser vivre et en faire le bilan dans quelques mois. Mais- la vérité, c'est qu'un accord sera toujours insuffisant tant qu'il se fera dans un contexte de pénurie. Or, je suis convaincu que l'emploi culturel est plein de promesses, et qu'il compte parmi les secteurs les plus créateurs, potentiellement, de richesses et de croissance. Je ferai tout pour le développement de l'emploi culturel.
Je suis favorable à une indemnisation généreuse qui permette à ceux qui décident de travailler pour la culture de vivre convenablement quitte à leur demander en contrepartie de contribuer au développement de l'enseignement artistique et à la découverte par les jeunes des métiers de la culture, ce qui a l'air d'être votre volonté et votre combat.
Vous le savez, j'ai pris position avec force pour le respect du droit d'auteur dans tous les domaines, musique, films, livres. Je veux redire ici que je continuerai à me battre pour le respect de ce droit, car la rémunération du travail des auteurs, des artistes, des producteurs est aussi juste que nécessaire. Nous pourrons faire, fin 2007, un état des lieux de la loi relative aux droits d'auteurs et droits voisins dans la société de l'information, loi que je salue, et en particulier évaluer les conséquences de la suppression par le Conseil Constitutionnel du dispositif de riposte graduée qui divisait votre communauté. Et je me réjouis que la loi du 5 mars dernier ait organisé la contribution des fournisseurs d'accès à Internet et des opérateurs de téléphonie mobile à l'aide à la création, musique et cinéma, car il me semble normal que les nouveaux supports de diffusion participent également au financement des comptes de soutien.
C'est pourquoi, je souhaite que soit menée une politique de soutien efficace de nos entreprises innovantes dans ce secteur. Dans cet esprit, les universités doivent devenir des zones franches fiscales pour les étudiants, les enseignants, les chercheurs qui déposeraient des brevets et créeraient des entreprises. Je souhaite conforter l'excellence de notre industrie du logiciel et en particulier dans le domaine des jeux vidéos où nos talents fort nombreux ont tendance à s'expatrier de plus en plus souvent.
Je souhaite que l'Europe développe sa propre industrie des dispositifs de protection des oeuvres. Il faut que, parallèlement, les industries culturelles affectées par Internet soient aidées pour réussir leur évolution. Ce qui signifie, pour le disque, qu'il faut aider à la numérisation des oeuvres et développer toutes les formes de diffusion légale. Réfléchir à des aides sociales pour soutenir l'emploi dans la filière musicale. Examiner l'ensemble des règles fiscales applicables à ce secteur, afin de les adapter dans ce contexte de complète mutation.
Notre culture doit être protégée et valorisée, car elle est la meilleure vitrine de la France à l'étranger. Je suis fier de cette particularité française, qui consiste à ne pas considérer la culture comme un bien marchand. Je serai vigilant dans la protection et le développement de la culture française, qui fait la fierté de notre pays.
Je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l'assurance de mes sentiments les meilleurs.
Nicolas SARKOZY,
Candidat à l'élection présidentielle

La réponse de Nicolas Sarkozy