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Politique culturelle : Elections Municipales

Jean Glavany
Jean Glavany

Nous avons interrogé Jean Glavany (PS) qui candidate aux Elections Municipales sur son projet de politique culturelle.

Questions aux candidats aux Elections Municipales

Nous avons sollicité les candidats sur deux thématiques :

Le regard sur la situation actuelle :

La Gespe, le Pari, les Théâtre des Nouveautés, les festivals, les musées, les aides aux associations culturelles, les animations, l’office de tourisme…

Leur projet culturel pour Tarbes :

quelles (r)évolutions tant au niveau artistique qu’économique, que comptez-vous faire dans ce domaine au long de votre mandat ?

Réponse de Jean Glavany (PS)

Lundi 25 février 2008

Tarbes le : 25 Février 2008
Objet : projet de politique culturelle pour Tarbes
Monsieur le Président,
J’ai bien reçu votre courrier relatif à votre souhait de connaître ma position et celle de la liste sur le dossier de politique culturelle et je vous en remercie.
Tout comme il s’agit de donner à chaque enfant les moyens de sa réussite dans le domaine de l’éducation, il faut permettre à chacun d’accéder à la culture. Répondre à ce besoin parfois non exprimé de l’individu, c’est lui permettre d’évoluer tout au long de la vie, d’acquérir de nouveaux repères qui facilitent son intégration effective dans la vie de la cité. Tout comme l’on a longtemps affirmé que « tout est politique », on peut ajouter, sans risque de se tromper, que tout est culturel, étant entendu que la culture ne saurait se réduire aux critères administratifs qui souvent l’enserrent, ni aux pratiques trop segmentées qui écartent de fait ceux qui considèrent que « cela n’est pas fait pour eux ».
Aussi, notre politique culturelle entend répondre à tous les publics, existants et potentiels, parmi lesquels les scolaires. Dès à présent, l’on peut définir quelques axes forts :
- Relever notre patrimoine muséographique
- Bâtir des cohérences à partir des pratiques culturelles actuelles
- Inventer de nouvelles formes d’expression culturelles
- Organiser une concertation au niveau de l’agglomération avec les acteurs culturels
Relever notre patrimoine muséographique
Malgré une restructuration annoncée qui tarde à aboutir, l’état de nos musées est préoccupant.
Le Musée Massey dispose de trois collections :
- la collection du Musée international des hussards, unique en Europe par sa richesse, est encore dans les cartons, attendant avec une impatience qu’elle ne peut manifester la mise en œuvre de son projet muséographique.
- la collection des Beaux Arts est actuellement invisible puisque le musée est fermé.
- la collection dite « Bigorre et Quatre Vallées » qui fait traditionnellement partie des réserves du musée est particulièrement maltraitée. Elle comprend quelques pièces archéologiques peu nombreuses mais de grande valeur (par exemple le masque mortuaire du IIe siècle avant notre ère trouvé à Montserrié), de nombreux objets Arts et Traditions populaires (ATP) et quelques éléments remarquables dans le domaine des sciences naturelles. Cette collection Bigorre et Quatre Vallées mérite son propre musée qui, au-delà de la ville et de l’agglomération, serait aussi celui du département. Il aurait pour mission de concevoir et de réaliser une exposition thématique annuelle coordonnée avec une scénographie interactive permanente.
Le Musée de la Déportation et de la Résistance doit, en relation avec les associations de résistants, associations fondatrices, être rénové et, avec des moyens appropriés, jouer son rôle de lieu de conservation de la mémoire mais aussi de centre de documentation et de recherche.
La fonction de la maison natale de Foch, musée encore national, doit être pensée : une piste possible serait l’introduction de la dimension militaire de Tarbes en bâtissant une cohérence entre Musée des hussards, Musée Foch, architecture militaire du XIXe siècle et Haras.
Enfin, la création d’un Centre de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI) traduirait la place de l’industrie dans notre histoire. Porteur sans nostalgie d’un pan de notre passé, outil pédagogique dans une ville où 5 000 étudiants suivent une filière à dominante technologique , il serait tourné vers l’avenir, en liaison avec le pôle universitaire, avec les laboratoires de recherche dont l’excellence est reconnue (électronique de puissance, aéronautique, céramique, agromatériaux) et avec les hautes technologies qui se développent actuellement dans le bassin tarbais.
Ces équipements, dont le coût doit être pris en compte avant toute décision finale, outils pédagogiques pour les jeunes, moyens de connaissance pour tous, contribueront à projeter la ville, l’agglomération et leurs partenaires vers un avenir où les diverses expressions de l’intelligence sont déterminantes.
Bâtir des cohérences à partir des pratiques culturelles
La culture, dans la diversité de ses pratiques, contribue au lien social. Tarbes dispose d’atouts incontestables mais inégaux. Il s’agit d’abord d’opérateurs reconnus et d’équipements qui, selon les cas, relèvent de la compétence de Tarbes ou du Grand Tarbes.
Les acteurs culturels forment un maillage dense : Le Parvis, Tarbes en Scènes avec le Théâtre des Nouveautés, le Pari et la Scène de Musiques Actuelles, La Gespe, l’ECLA d’Aureilhan, le CAC de Séméac, les compagnies théâtrales, la Ligue de l’Enseignement, les écoles de musique dont le Conservatoire Henri-Duparc, Médianes, les diverses associations culturelles. Pourtant, il serait abusif de qualifier ce maillage de réseau car les acteurs culturels, souvent éloignés les uns des autres, mettent trop rarement en œuvre des projets communs. Cela sans méconnaître les rapprochements entre le Conservatoire Henri-Duparc, Médianes et la Scène de Musiques Actuelles. La semaine de lutte contre le racisme et les discriminations a rassemblé, autour d’un événement tout à la fois festif, social, culturel et politique de nombreuses organisations.
Une politique culturelle suppose des partenariats à l’échelle de l’agglomération et le dépassement des clivages actuels entre le culturel, le social et l’éducatif. Ces clivages sont inscrits dans les financements publics qui séparent volontiers les actions culturelles qui relèvent du ministère de la Culture, via la DRAC, l’Education populaire, de la responsabilité du ministère de la Jeunesse et des Sports, et les actions menées en direction de publics éligibles au titre de la politique de la Ville. Pourtant, les initiatives de terrain montrent que les partenariats sont non seulement possibles, mais qu’ils permettent un brassage des publics, toujours ressenti comme un enrichissement humain.
La volonté de mettre en œuvre des cohérences ne saurait cependant être une négation du travail accompli. D’abord parce que l’excellence est un facteur d’attractivité de notre ville : La Scène nationale comptabilise 200 000 entrées annuelles à ses divers spectacles, dont au moins un quart en provenance des Pyrénées-Atlantiques, des Landes et de la Haute-Garonne. Equestria, festival de création de l’art équestre depuis 1995, attire 30 000 personnes en juillet (Tarbais et festivaliers) et le renom du Festival international du Tango argentino s’étend au-delà de nos frontières.
La Scène de Musiques Actuelles La Gespe, labellisée pôle régional structurant au service des associations (seuls deux pôles de ce type existent à l’échelle de la Région, Tarbes et Castres) et la Ligue de l’Enseignement sont investis dans des missions d’éducation. Le succès des concerts de La Gespe ne doit pas occulter la qualité de ses actions de formation en faveur de groupes en voie de professionnalisation ou plus largement sa participation à des projets pédagogiques menés avec des scolaires. Le Théâtre Jeune Public de la Ligue de l’Enseignement est complété par des actions de formation dans le domaine de l’Education populaire. …/…
La mise en relation, la pratique de partenariats autour d’un projet commun devraient permettre de tisser des liens dans d’autres domaines. Si par exemple la ville de Tarbes organise au Carmel des expositions de peinture d’artistes reconnus, la notoriété et la qualité de l’enseignement de l’Ecole supérieure des arts et céramique (ESAC) sont en même temps largement méconnues par les Tarbais et le Centre d’art contemporain du Parvis ne draine, spécifiquement, qu’un public réduit. Une cohérence serait sans doute à construire autour de ces diverses entités, en intégrant les associations de peintres ou plasticiens amateurs comme Les Amis des Arts, les Peintres cheminots ou encore les sculpteurs et les potiers des Mains d’argile.
Par ailleurs, le jumelage de Tarbes avec Altenkirchen et Huesca se résume à des invitations réciproques ponctuées de discours et de dîners de gala lors des fêtes de chaque ville. Manifestations sans doute utiles, mais de peu de signification pour la population. Si un équilibre institutionnel s’impose dans les relations avec Altenkirchen et Huesca, la proximité de cette dernière et l’imprégnation de la culture hispanique dans notre département constituent des atouts inexploités d’un point de vue éducatif et culturel. Ces possibilités doivent être largement utilisées par des manifestations croisées.
Bien entendu, ces cohérences supposent aussi que « le culturel » et « l’éducatif » soient associés.
Inventer de nouvelles formes d’expression culturelle
Attachés à la diversité culturelle, sans perdre de vue la nécessité de construire des cohérences, nous voulons créer les conditions qui permettent la concrétisation de ces deux objectifs, sans que la diversité contredise la cohérence.
Un premier axe serait la création d’un Carrefour d’expression de la diversité culturelle. La rencontre entre les diverses formes du spectacle vivant, les musiques, les arts plastiques, la littérature, la poésie … constituerait ce carrefour, autour d’une thématique forte, dont les modalités sont à construire.
La définition des lieux d’expression participerait à la construction du concept lui-même de Carrefour. Ce dernier, moment privilégié de la vie de la cité, pourrait se dérouler en plusieurs lieux qui feraient participer les quartiers. Il inclurait la rue – la rue, emblématique de l’espace public – comme lieu de culture partagée.
Cette notion d’espace public, comme lieu de culture partagée, constituerait un second axe et pourrait recevoir, entre autres, un festival de théâtre de rue. Ce festival, relié au Carrefour d’expression de la diversité culturelle, concernerait l’ensemble de la ville, c’est-à-dire, l’ensemble des quartiers.
…/…
Cette notion de culture partagée en particulier dans les quartiers, pourrait apparaître comme le simple énoncé d’une banalité de bon aloi. Elle répond en fait à la volonté de tisser des liens de proximité, dans l’intergénérationnel : faire la fête tous ensemble par la culture, en des lieux donnés et à des moments donnés, permet de surmonter des clivages dans le vivre-ensemble. Dès lors, la fête, au lieu de constituer, par des attitudes segmentées de ceux qui demeurent dans l’entre soi, un facteur de nuisance avec par exemple le bruit à des heures indues subi par ceux qui n’y participent pas, la fête donc, autour de la culture, devient événement fédérateur.
Bien entendu, des événements de ce type ne se décrètent pas mais se construisent collectivement.
Par ailleurs, dans l’hypothèse où la candidature de Toulouse serait retenue pour 2013, « Toulouse, capitale européenne de la culture », autour de la thématique des chemins, nous participerions à cette dynamique.
Organiser une concertation avec les acteurs culturels au niveau de l’agglomération
Tarbes dispose de lieux comme le Théâtre des Nouveautés, le Pari, le Carmel dont l’utilisation ne pourra être repensée qu’en concertation avec les acteurs culturels.
Dès à présent, la nécessité d’organiser des états généraux de la culture au niveau de l’agglomération s’impose. Ils permettront de définir les attentes et, à partir d’un diagnostic partagé, d’évaluer les besoins et de bâtir les cohérences nécessaires.
La concertation sera ensuite assurée dans le cadre d’une commission culturelle dont la composition sera définie lors des états généraux mais qui, quoi qu’il en soit, devra associer élus et acteurs culturels. Elle pourra faire des recommandations et sera la garante de la transparence de la gestion municipale.
Un directeur ou une directrice des affaires culturelles (ou à l’action culturelle) sera recruté(e) selon ses compétences : mise en cohérence de la politique culturelle, suivi des dossiers, utilisation des structures, organisation de partenariats (agglomération, département, région et Europe), rôle de passeur….
Dès à présent, des associations, des acteurs culturels nous ont déjà fait des propositions (organisation de colloques, sauvetage du patrimoine, actions de formation, actions nouvelles…). Nous entendons y répondre.
La culture est pour nous un engagement fort.
Mais nous sommes conscients des difficultés que nous impose la politique menée par cette majorité de droite du président Sarkozy. Jamais à ce point, sauf aux périodes particulièrement sombres de notre histoire, la culture n’a été ainsi malmenée, méprisée. L’Etat se désengage, ne laissant aux ministères de la Culture, de la Jeunesse et des Sports et à la politique de la Ville que des moyens de plus en plus dérisoires. Et nous savons que les Tarbaises et les Tarbais souffrent de la réduction de leur pouvoir d’achat avec la série de mesures adoptées par le gouvernement, des franchises médicales au blocage du SMIC et des petites retraites. Aussi, nous ne voulons pas aggraver l’effort fiscal qui leur est déjà demandé.
Ces difficultés, nous en avons une claire conscience et, si nous sommes élus, nous ferons un audit sur les finances municipales. Mais, par les choix que nous ferons dans la concertation, nous n’en voulons pas moins promouvoir une politique culturelle ambitieuse car, indépendamment de l’attente des individus, la culture est aussi un atout de développement local. C’est un moyen, autour d’un projet muséographique et d’animations tout à la fois festives et culturelles, de faire de Tarbes une destination touristique.
Espérant avoir répondu le plus clairement possible à votre question, je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l’expression de mes salutations les meilleures.
Jean GLAVANY

La réponse de Jean Glavany