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Politique culturelle / élections législatives 2022 / Maryse Beyrié

Nous avons interrogé Maryse Beyrié (PS) qui candidate aux élections législatives sur son projet de politique culturelle.

Questions aux candidats aux élections législatives

Le regard sur de la politique culturelle conduite par Emmanuel Macron lors de son premier mandat et son projet pour le mandat qui commence :

* Bilan et critique des initiatives conduites et du soutien aux structures actives.

* L’action envers les plus jeunes, dans le cadre scolaire en particulier.

* Le rayonnement culturel de la France est-il suffisant ?

La position vis-à-vis des objectifs de politique culturelle du Président de la République qui vient d'être élu ?

* Considérez-vous que ses objectifs définissent la politique culturelle que vous souhaitez pour notre pays ?

* Quels objectifs soutenez-vous ?

* Quels objectifs voudriez-vous promouvoir ?

* Comment souhaitez-vous que cette politique culturelle se concrétise en Hautes-Pyrénées ?

* Quelle vision de la culture en Hautes-Pyrénées souhaitez-vous porter à l'Assemblée Nationale ?

Réponse de Maryse Beyrié (PS)


Bilan et critique des initiatives conduites et du soutien aux structures actives

Tout d’abord, je regrette profondément que la culture ait été complètement absente du débat présidentiel. Les actions et les projets n’ont pas pu être confrontés, c’est très dommageable pour ce sujet si important pour notre démocratie. Cela dit, tout n’est pas à jeter dans le bilan du quinquennat au niveau culturel mais il y a toutefois des mesures à amender et à faire évoluer.

L’aide massive apportée aux structures culturelles pendant la crise du Covid-19 était non seulement nécessaire mais vitale pour notre pays. Nous ne pouvons que nous satisfaire que l’Etat ait pris ses responsabilités, d’autant plus quand on sait que près de 3000 salles sur 36000 ont fermé dans des pays comme les Etats-Unis.

On peut toutefois déplorer que, comme dans l’ensemble des secteurs, la culture ait souffert du choix du gouvernement de favoriser d’abord les structures les plus importantes et les plus prestigieuses au détriment des territoires. La réalité des aides est bien plus nuancée pour les petites structures. L’hyper présidentialisation du régime a également été préjudiciable à plusieurs titres. Le président a notamment favorisé les actions avec des interlocuteurs directs (Stéphane Bern) plutôt que de faire confiance aux institutions, aux ministères et aux collectivités. Nous avons donc dû nous battre avec force partout sur le territoire pour maintenir et développer l’accès à la culture et au patrimoine avec des moyens toujours plus réduits.

L’action envers les plus jeunes, dans le cadre scolaire en particulier.

L’action pour les plus jeunes est toujours fondamentale, en termes culturel c’est encore plus vrai. C’est, entre autres, parce que nous n’avons pas suffisamment insisté sur la culture démocratique et la culture historique que nos plus jeunes s’abstiennent massivement. Je souhaite que nous travaillons sur ce sujet et que nous permettions à nos jeunes de mieux connaître les rôles des différents pouvoirs publics. Pour cela, nous devons renforcer le rôle de l’éducation civique dans les programmes.

Par ailleurs, je pense qu’il faut renforcer les collaborations entre le monde culturel et éducatif afin que les enseignants puissent plus régulièrement emmener les élèves dans des lieux de culture. Plus ceux-ci connaîtront leur patrimoine, plus ils seront capables d’apprécier la qualité des spectacles, et plus ils seront demandeurs de ce type d’activité. La connaissance et la culture forment un cercle vertueux, il faut contribuer à le créer.

Le rayonnement de la France est-il suffisant ?

La France, du fait de son histoire est largement considérée à travers le monde comme le pays de la culture par excellence. C’est d’ailleurs une des raisons principales qui expliquent que nous soyons le pays le plus visité du monde. Il faut néanmoins poursuivre et amplifier la transmission de cette culture si importante. En outre, il faut continuer de soutenir la création pour que les artistes et les intellectuels actuels puissent avoir le rayonnement qu’ils méritent et qu’ils continuent d’être les vecteurs de la culture française.

Notre langue, riche, puissante, précise doit continuer d’être soutenue. Elle est un des déterminants essentiels de notre puissance. Son rôle croissant en Afrique doit être amplifié afin que notre langue soit parlée par plus de 750 millions de personnes en 2050.

Enfin, je crois que notre influence ne peut que s’inscrire dans un cadre plus grand : le cadre européen. La puissance normative de l’Europe, les valeurs portées par le projet européen et au premier chef la paix doivent être transmises à l’échelle mondiale.

Considérez-vous que les objectifs définissent la politique culturelle que vous souhaitez pour notre pays ?

La principale contradiction que je dénonce par rapport au programme présidentiel est la volonté annoncée de vouloir renforcer la culture tout en diminuant sans cesse le budget des collectivités alors qu’elles financent à hauteur de 10 milliards la culture contre uniquement 4 milliards pour le gouvernement. Une vraie politique en faveur de la culture passe par un financement cohérent apporté aux collectivités. C’est uniquement en maintenant ces financements que nous pourrons d’une part rendre la culture accessible à tous et d’autre part faire vivre les initiatives culturelles de nos territoires. Si je suis élue, je m’engagerais avec toute ma ténacité pour les préserver et les renforcer.

Par ailleurs, je déplore la fin annoncée de la redevance à l’audiovisuel public. En effet, le gain pour les ménages est certes de 138€ par an mais en dépit de son caractère populaire, je considère le risque de voir la diffusion de l’information contrôlée par une minorité de milliardaires comme un risque majeur pour notre République. N’oublions pas que lors de cette élection présidentielle, Monsieur Bolloré a réussi par le biais de Cnews à « créer » un candidat qui a obtenu 7% des votes. Une démocratie vivante a besoin d’une information indépendante et par cette mesure le président s’y attaque indirectement.

Quels objectifs de son projet soutenez-vous ?

Je pense que le « Pass Culture » est une bonne initiative mais, par trop de libéralisme, elle n’est pas allée au bout de son développement. En effet, si l’utilisation du fond a été massive de la part des jeunes, le manque d’information sur les divers types de consommation de la culture a fait que les dépenses se sont concentrées sur quelques produits très spécifiques et notamment les mangas, symboles de la « culture pop » actuelle. Grâce à une meilleure collaboration avec l’éducation nationale, nous aurions pu parvenir à un modèle plus vertueux et orienter les jeunes vers différents types de culture : le théâtre, l’opéra, ou des manifestations de la culture régionale. Ainsi, nous aurions pu les inciter à se rendre dans nos églises y découvrir les peintures accompagnés de guides ou se rendre aux spectacles du Parvis délocalisés dans nos communes. Edouard Herriot disait « La culture, c’est ce qui demeure d’un homme quand il a tout oublié », il est donc essentiel que les politiques publiques permettent de la rendre la plus large possible, ancrée dans le territoire et ouverte sur le monde.

Comment souhaitez-vous que cette politique se concrétise dans les Hautes-Pyrénées ?

Notre département est éloigné géographiquement des grandes métropoles et donc des foyers principaux de culture, mais c’est du devoir des politiques de faire que cette culture soit accessible à tous les citoyens. C’est pourquoi, il est primordial de financer et de soutenir la scène nationale du Parvis et de l’inciter dès que possible à se déplacer dans les communes rurales. Il est également vital d’accompagner et d’aider les associations (chanteurs, groupe de spectacle, de danse) pour qu’elles s’approprient cette culture et qu’elles puissent la faire rayonner sur l’ensemble du territoire.

Il est également de notre devoir de permettre à nos enfants, par le biais des sorties scolaires de se rendre à Tarbes, Pau ou Toulouse pour découvrir le théâtre, les concerts ou encore l’opéra.

Enfin, il faut accompagner les enseignants pour qu’ils informent nos enfants sur le patrimoine qui les entoure et les encouragent à se rendre sur les grottes de Gargas, le gouffre d’Esparros, les grottes de Labastide, les châteaux du Magnoac, sur le cirque de Gavarnie ou au Pic du Midi.

Notre objectif est de rendre la culture proche des citoyens et de les sensibiliser pour que l’offre culturelle corresponde à leurs attentes.

Quelle vision de la culture en Hautes-Pyrénées souhaitez-vous porter à l’Assemblée Nationale ?

Dans les Hautes-Pyrénées, nous bénéficions d’un patrimoine bâti, intellectuel, scientifique exceptionnel. Il est de notre devoir, en tant qu’élu de le mettre en valeur. La politique des Grands Sites d’Occitanie a créé une certaine dynamique impulsée par la région, charge à nous de la poursuivre et de l’amplifier. La culture sous toutes ses formes doit être mise en valeur : culture scientifique avec l’observatoire du Pic du Midi, le patrimoine que ce soit l’abbaye de l’Escaladieu mais également le musée du Jardin Massey, ainsi que les activités soutenues par les collectivités territoriales.

En tant que députée, je souhaite m’impliquer pour que l’état s’engage davantage lors des participations culturelles. En effet, la culture représente moins de 1% du budget de l’Etat alors qu’elle peut représenter jusqu’à 10% du budget des collectivités territoriales, à Bagnères par exemple. Il faut accompagner les collectivités et faire réussir les manifestations culturelles : les Hautes-Pyrénées ont droit à l’excellence en matière de culture.

Dans les Hautes-Pyrénées, en plus des thématiques culturelles que nous avons déjà évoquées, nous avons une force connexe qu’il est important de soutenir : le sport. Les Hautes-Pyrénées, plus qu’ailleurs fourmillent de champions, de rugby, de ski, de pelote, d’escalade, de kayak, de VTT ou encore de basket. Nous devons les soutenir car ce sont eux qui portent haut et fort les couleurs de notre département.

En outre, nous avons un tissu incroyable de clubs de sport qui sont le lien social majeur de notre ruralité. Les joueurs, mais également les enfants qui s’y entrainent, les parents qui s’y retrouvent, y tissent des liens essentiels pour la force de nos territoires. Le club des Baronnies, par exemple, réunit plus de 100 personnes pour les week-end de match pour déjeuner et passer l’après-midi. Nous devons absolument nous battre pour préserver tous ces éléments qui font ce que nous sommes et pour cela nous devons encore et toujours lutter contre le mouvement de centralisation et d’uniformisation impulsé depuis l’Elysée.


Maryse Beyrié

Réponse publiée le Monday, May 16, 2022