A peine une dizaine de jours après sa création au Théâtre de La Commune à Aubervilliers dans le cadre du Festival d’Automne, Non-lieu était présenté au Parvis mardi soir. Une toute dernière production du Moukden-Théâtre de Olivier Coulon-Jablonka qui s’ouvre sur un extrait de journal télévisée du 26 octobre 2014, au moment où le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve tente laborieusement d’expliquer en termes choisis la mort du militant écologiste Rémi Fraisse sur le chantier du barrage de Sivens au milieu d’une nuit de face à face entre la gendarmerie et les opposants au projet. Un spectacle construit comme une tragédie. Pas celle de la mort d’un jeune de 21 ans, mais celle du procès pénal mort avant d’avoir débuté. L’enquête se termine sur un non-lieu prononcé le janvier 2018 considérant que le gendarme qui a lancé la grenade mortelle et sa hiérarchie n’ont pas à être poursuivis. Ce qu’ont confirmé la cour d’appel et la cour de cassation. Même si l’état a depuis été condamné par le tribunal administratif et par la Cour européenne des droits de l'homme, le gout reste amer et forte est l’impression d’avoir été privé d’une grande explication judiciaire, peut-etre de révélations. D’autant plus que les deux juges d’instruction chargées du dossier ont délégué l’enquête à d’autres gendarmes, ceux de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale.
C’est dans cette veine que Olivier Coulon-Jablonka a écrit et mis en scène un spectacle militant interprété par les sept comédiens qui vont tout à tour jouer tous les acteurs du drame. Pas besoin de grands décors, ni de portes qui claquent pour faire une autopsie de ce procès mort in-utero. La tension est palpable tant sur la scène que dans la salle quand est mis à nu l’effroyable mécanique au fil des témoignages des gendarmes qui étaient sur le chantier et de leur hiérarchie, des militants présents eux aussi sur place, les parents de Rémi-Fraisse. Et même s’il aurait fallu plus de théâtralité pour que l’attention reste aussi forte jusqu’au bout des 2 heures et demie de spectacle, l’annonce du non-lieu arrive, détonne comme la grenade meurtrière et montre la nécessité d’un procès qui n’aura jamais lieu.






