Akiko Hoshina a quitté Tokyo pour Paris avant de venir finalement installer ses œuvres de céramique à Jézeau, au cœur des Hautes-Pyrénées. Rencontre avec une artiste aux deux cultures.
Akiko Hoshina avec ses Murmurs
Comment êtes-vous arrivées à la terre ?
J’ai commencé quand j’avais 18 ans. J’ai fait Joshibi, une école d’art qui permet aux femmes de devenir artiste, ce qui n’était pas évident à l’époque. Quand je suis rentrée dans cette école, j’étais beaucoup plus intéressée par le textile, au tissage. Mais c’était trop traditionnel. Je cherchais quelque chose de plus contemporain. Et une nouvelle filière venait d’ouvrir avec un professeur, Ito Kosho, résolument tournée vers la création contemporaine. J’ai plus choisi le professeur que la céramique en elle-même.
Le textile est souvent présent dans vos céramiques !
Oui, j’ai gardé mon intérêt pour le textile. C’est très souple le tissu mais quand on donne un coup de ciseau, c’est fini, on ne peut pas revenir en arrière. Alors que la céramique permet plus de choses, c’est plus souple, c’est beaucoup plus libre. Et pour moi la céramique c’est comme la philosophie japonaise, c’est un apprentissage, un chemin de la vie. Puisque que j’ai rencontré la céramique, on ne peut pas s’arrêter comme ça. Il faut continuer avec la céramique pour voir ce qu’il y a plus loin sur le chemin.
La céramique est pourtant dure et froide !
Oui et non. Il y a une communication entre le matériau et moi. C’est très doux et tendre quand on le travaille. Très changeant selon le temps qu’il fait ou mes émotions. Et il évolue dans le temps. Il va sécher, devenir dur. Une fois passé au four l’argile devient céramique. Il se transforme. Comme nous, comme nos souvenirs. Il permet d’exprimer ce temps qui se passe. J’aime beaucoup le textile, mais avec l’argile on peut aller beaucoup plus loin.
Vous trouvez une liberté dans ce matériau plein de contraintes ?
J’adore cette idée. C’est comme la cérémonie du thé au Japon. C’est plein de règles très précises, plein d’objets qui ont chacun leurs règles, des choses qui ne doivent pas être fait autrement. Mais une fois qu’on a compris toutes ces règles, une fois qu’on les maitrise, c’est exécuté avec souplesse. Je ne sais pas vous répondre tout de suite, mais quand je fais de la céramique, c’est comme une méditation. Je répète des mouvements. C’est peut-etre la qu’apparait la liberté. Je vais y penser.
Comment être-vous arrivée en Hautes-Pyrénées ?
J’avais envie de voir ce qu’était d’être artiste en France. Avec mon école, j’ai pu passer un an à la Cité Internationale des Arts avec mon atelier logement au centre de Paris. Mais en une année on ne peut que profiter de Paris, pas vraiment découvrir. Je suis restée, j’ai commencé à exposer. Et j’ai rencontré un homme d’ici.
Où peut-on voir vos céramiques ?
Dans mon atelier à La Soulane. Je prépare aussi une exposition collective à La Minoterie à Nay. Plus loin je été sélectionnée artiste en résidence à l’Institut Européen des Arts Céramiques en Alsace. Je travaille sur les moules à Agneau pascal, un gâteau alsacien dont le moule ressemble à des céramiques antiques japonaises. J’ai déjà passé 8 semaines et j’y retourne en mars et avril pour finaliser et faire une restitution.
Stéphane Boularand@bigorre_org / ©Bigorre.org / publié le dimanche 30 novembre 2025