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Claudine Couget (Larreule)

Claudine Couget, l’architecture des paysages

C’est les mains dans la terre et la tête dans l’architecture des paysages que Claudine Couget construit ses tableaux entre aléa de l’instant et précision géométrique.

Claudine Couget dans son atelier à Larreule

Claudine Couget dans son atelier à Larreule

Des surfaces couchées au gré de l’interaction, l’attraction ou de la répulsion du papier gorgé d’eau et des pigments qu’elle collecte lors de son exploration coloriste des Hautes-Pyrénées. Claudine Couget pose de grandes ombres délicatement colorées, des lignes de crêtes qui se souviennent de la terre dont elle son faites, et vient superposer des pliages verticaux qui viennent les enlacer de près. Un jeu esthétique entre les pigments qui restituent leur nature pyrénéenne et de la culture architecturale et urbanistique de Claudine Couget qui travaille au conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement des Hautes-Pyrénées. Rencontre avec l’artiste dans son atelier à Larreule.

Comment obtenez-vous ces lignes de crêtes, ces surfaces couchées du gris à l’ocre ?

Je verse des terres que je récolte dans la nature sur une feuille que je mouille largement, que je plie, que je déplie que je remue. Et je laisse l’eau faire son travail, les pigments se diffusent ou se concentrent, coulent ou stagnent. Selon la quantité de pigments que je vais mettre, comment je vais le diluer, j’obtiens de choses qui font plus aquarelle ou qui restent davantage en matière. Pas de pinceau, je suis vraiment les mains dans la terre.

Les paysages apparaissent au hasard ou vous manipuler le hasard ?

Au départ je ne choisis que la couleur. Je ne sais pas ce que je vais faire, je ne sais pas ce qui va se passer. Je ne cherche surtout pas prévoir et maîtriser. C’est quelque chose qui se passe, que j’accompagne, que j’aide, que je finis. J’évite de prendre des notes pour ne pas trop prévoir ce qui va se passer. Après je découpe des bandes que j’associe horizontalement par deux ou par trois et que je réalise des pliages verticaux qui donnent du rythme et un relief.

Les couleurs viennent de la terre ?

Oui, c’est des pigments que je ramasse essentiellement dans le département. Je cherche des terres, je cherche l’inspiration en regardant les couleurs que la nature qui m’entoure. Je trouve des pigments comme ceux que j’ai trouvé au bord d’un ruisseau à Us près de Saint-Savin, une veine ferrugineuse qui s’est plus ou moins oxydées avec des couleurs de l’orange au rouge foncé. Du brun à Ibos, la terre presque verte du coté de Saint-Laurent de Neste, la terre presque rouge à Lutilhous à côté de Capvern ou le jaune de Saint-Martin près de Bagnères. Les Hautes-Pyrénées sont riches en couleurs ! J’utilise aussi du noir de fumée. Je veux travailler avec la matière la plus naturelle possible.

Quel lien entre une série Rythme très géométrique et la série Paysages intérieurs construite au gré des pigments ?

Je peux m’en expliquer : je travaille au CAUE des Hautes-Pyrénées ou je fais des expos, des ouvrages et des animations pour sensibiliser à l’architecture et au paysage. Je suis persuadée que l’un ne va pas sans l’autre : l’architecture est et devrait toujours être en lien avec le paysage. Le paysage est lui aussi façonné par l’homme. A travers mon travail plastique je poursuis esthétiquement la même idée. Les paysages que j’architecture avec une troisième dimension de pliage qui donne un rythme. Et puis j’ai même abandonné le paysage pour m’appliquer à travailler simplement la composition et le rythme comme une façade d’architecture. Un travail de surface et de rythme qui devient presque paysage.

Propos recueillis par / ©Bigorre.org / publié le