Mariia Stohnii

Rencontre avec une artiste ukrainienne venue s’installer en Hautes-Pyrénées. Interview chez Angel Lover au 50 rue de Bagnères à Lourdes, où elle expose avec sa soeur Lesia jusqu’au 28 février.

Mariia Stohnii devant un de ses arbres.

Comment êtes-vous arrivée à la peinture ?

Quand j’étais à Kyïv, je dessinais à la maison. Je dessinais sur les vitres quand j’étais en congé maternel. Et puis, je suis allé plus loin, je peignait des villes, j’ai commencé à peindre des arbres. Et j’ai exposé mon travail. Avec la guerre, je suis venue en France. Et je continue à peindre. Parce que ça fait partie de moi. Parce que c’est amener un peu de culture ukrainienne, parce que ça permet de ne pas oublier que l’Ukraine existe et que c’est la guerre chez nous.

Est-ce le départ d’Ukraine a changé votre peinture ?

J’ai quitté l’Ukraine en laissant des gens que j’aime pour venir ici. Ca ne devait pas durer très longtemps car on pensait que le guerre se terminerait vite. Et je suis tombée amoureuse ici. Ça a changé doublement ma peinture. Il y a plus de douceurs et plus d’immédiateté. Dans les couleurs, l’éclairage. Et plus globalement, je dirais aussi que mes peintures dégagent une énergie qui est plus intense. Plus immédiate. Plus utile. Il ne faut pas attendre, rien remettre à plus tard. Voir sa maison traversée par un missile, ça rend plus concret l’incertitude du lendemain. On ne peut pas revivre le passé, on ne sait pas ce que ce sera demain. Il faut vivre aujourd’hui.

Vos œuvres sont peuplées d’arbres. C’est une essence vitale ?

Je ressens l’énergie des arbres. Chaque arbre est particulier si l’on considère que c’est un individu au sein d’une espèce. Il a sa force, son énergie, ses racines très robustes, ses branches tendues vers le ciel. Chaque arbre à sa propre histoire, chaque personne possède son propre arbre de vie.

Quel est votre arbre de vie ?

Pour moi, l’arbre c’est le noyer sous lequel je me balançais quand j’étais petite. Un noyer comme celui qui pousse au bord de la route qui arrive dans le village ou je vis maintenant. Chaque jour, j’observe son évolution, je guette l’apparition de ses feuilles, je regarde les oiseaux qui se posent sur ses branches. Ce sont deux noyers qui se répondent l’un à l’autre, avec leurs propres histoires. Ça me donne de l’espoir, des émotions et beaucoup d’énergie. A moi qui me sens comme un arbre déraciné.

Des arbres toujours et des couleurs chaudes souvent

Je veux offrir à celui qui regarde la peinture un peu de chaleur, un peu de douceur. Nous devrions apprécier la vie et chaque jour qui la compose, et essayer d’apporter au monde le maximum de ce que nous pouvons. Si quelqu’un peut aider les autres, en faisant de la musique, en aidant les autres, il doit le faire. Que chacun amène une part de ce qu’il a de plus beau en lui. En peignant j’essaye de donner de l’espoir, donner quelque chose de beau et de bon pour rendre un peu plus heureux. Je ne peins pas quand je suis triste, quand j’ai envie de pleurer.

Vers quoi avez-vous envie d’amener votre peinture ?

Continuer à peindre des arbres. Exposer encore plus ma peinture. En avril prochain ce sera Pau, à la librairie Danser sous la plume, en face du château. J’aimerais bien Paris aussi.

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