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Le caïman - Le Parvis (Ibos)

Superbe caïman

27/02/07 : Claude Rich dans le caïman au Parvis, photo de Stéphane Boularand (c)Bigorre.org

27/02/07 : Claude Rich dans le caïman au Parvis, photo de Stéphane Boularand (c)Bigorre.org

Dès la fin d'après midi, quand le personnage inspiré de Louis Alhtusser retrouve sa femme après avoir disparu pendant trois jours, la tension est forte. Leur relation est complexe. Lui est cet élève de Jean Guitton, adepte des Jeunesses Catholiques que l'internement dans un camp de concentration aura métamorphosé en philosophe Marxiste, maître à penser de la génération 68. En pleine névrose, il se sent fini, il n'arrive plus à écrire, il a renoncé à changer le monde et se perd dans un jeu sadique avec les autres. Elle est une militante communiste pleine de conviction. Elle déborde d'idées, de certitudes. Il la trompe, autant que lui permet sa notoriété, sa situation de professeur à L'École Normale Supérieure, « caïman » dans le langage des normaliens. Pour le garder près d'elle, elle a déjà accepté toutes les humiliations : ses infidélités, la cruauté du jeu malsain qu'il joue avec elle. Elle le domine et le supporte par seule certitude de lui être indispensable. Il en étouffe et réagit en s'échappant, en se radicalisant. Un cercle vicieux qui l'enfonce dans sa névrose. Lors de cette fin de journée, sa folie arrive à son paroxysme. En se retournant vers sa source, en pleine contradiction avec ce qu’il est devenu, il relit la Bible. Sa femme le provoque: «Toi, le philosophe engagé, le communiste qui s’est rendu célèbre en prônant l’action et la révolte, tu te planques comme un moine au fond de son couvent.».

La pâleur des couleurs de la scène faite d'un mélange de blanc, d'écru, de beige, et la sobriété du décor contrastent avec la violence de leur relation. Dans son texte Antoine Rault confronte une femme soumise et forte à un homme brillant et perdu dans ses doutes. Le résultat est un volcan, où quelques éruptions révèlent l'activité intense. Il utilise des alternances de calme apparent, d'humour même, et de violence. La tension monte au fil de la pièce, tenant le public en haleine, les silences parfaits dans une salle du Parvis pleine sont révélateurs. Le metteur en scène Hans Peter Cloos utilise une de ses techniques propres en ponctuant l'évolution de la tragédie par des intermèdes vidéo. Et puis il y cette tête d'affiche, dont le nom a suffi pour remplir la salle. Claude Rich joue ce Louis Alhtusser à la dérive, animé de sentiments contradictoires, avec justesse et force. A quelques jours de ses 78 ans, il garde toute son énergie pour restituer les tourments du personnage. La pièce qui est construite autour du couple qu'il forme avec Christiane Cohendy (qu'on a pu voir dans "Le hussard sur le toit") fonctionne à merveille. Du grand théâtre !

Par / ©Bigorre.org / spectacle vu le Thursday, February 1, 2007 / publié le

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